Souvenirs du Squiffiec « d'antan »
 
squiffiec antan 01La première moitié du XXème siècle a vu beaucoup d'évolutions. Dans son début, la vie était rude. Pas d'électricité, pas d'eau dans les maisons, (il fallait puiser l'eau aux fontaines ou dans les puits) rien de ce qui fait de nos jours le confort. Pour les enfants la scolarité se gagnait par des efforts constants. Pour certains vivant hors du bourg de Squiffiec, il n'était pas rare de parcourir 4 ou 5 km à pieds, par tous les temps. Le travail des bêtes devait être fait avant de partir. La traite se faisait à la main.
Malgré ces contraintes, il fallait arriver à l'heure. Mais c'était une bande joyeuse et dynamique qui arrivait. Les plus éloignés étant rejoints au fur et à mesure du trajet par ceux qui résidaient sur le parcours.
A l'école, pas de cantine. Chaque enfant était accueilli dans une maison amie, où il pouvait prendre son repas apporté de la maison. Le repas bien souvent était constitué de pain et de beurre.
 
squiffiec antan 02Il fallait donner la soupe aux cochons (gwalc'hienn) et autres animaux. La cuisson se pratiquait à l'extérieur, dans la loge à chaudière. Les betteraves passaient par une machine (manuelle pour les uns, à essence pour les plus chanceux) les morceaux obtenus se trouvaient ensuite mélangées à de la bale. C'est l'époque ou les vaches étaient gardées dans les champs principalement par les enfants (car point de clôture électrique.)
La vie rurale demandait encore beaucoup de bras : Charretier (le responsable des chevaux ; c'était l' ainé de la famille. Le suivant avait le travail de la ferme), commis, journaliers et … du plus jeune au plus âgé, chacun avait son rôle à tenir. Lorsqu'ils arrivaient, on prenait le café ... vers 9h, casse-croûte suivi du calva, puis le repas du midi (soupe, pommes de terre au lard). Le soir, le souper n'était préparé qu'après les soins aux bêtes. Les journées étaient longues surtout en été... Aussi, une petite sieste pendant les heures les plus chaudes permettait de tenir la cadence jusque tard le soir. Pas de relâche dans l'année, quels que soient les évènements de la vie. Le beurre se faisait à la baratte.
L' éducation pour les filles était rigide. Pas de sorties intempestives, pas plus que d'oisiveté. La lessive se faisait au lavoir.
squiffiec antan 03Les moissons, le battage , toutes les occasions étaient bonnes pour faire la fête, après le travail. Le repas communautaire réconfortait d'un dur labeur.
Au début des années 40, les Allemands envoyaient les prisonniers de guerre assurer le gros du travail de la terre et des bêtes. Le secteur de Squiffiec a donc hébergé des soldats annamites (photo des soldats à la fin de la guerre devant la grille de Kercadic) qui avaient été enrôlés dans l'armée française. (une partie de l'Indochine faisait partie des colonies et protectorats français : la Cochinchine, l'Annam, le Tonkin, le Cambodge et le Laos.)
A la fin de la guerre, le soulagement fut grand de voir les Américains arriver, comme on le voit ici avec la jeunesse de Squiffiec qui accueille les libérateurs.
squiffiec antan 04Pendant les beaux jours, les jeunes se retrouvaient à la plage près du pont du moulin Kerhon, pour profiter du soleil et des plaisirs insouciants.
C'est l'époque où perdurent encore les petits métiers : le bourrelier qui, de ferme en ferme, répare les harnais et autres bricoles ; le sabotier ; la repasseuse de coiffe ; les couturières à domicile ; les rétameurs ; le crieur public, qui annonçait les nouvelles, après la messe, au monument aux morts.
Le « leur ty nevez »par son piétinement rythmé par la musique permettait la réfection des sols dans la maison.
Les conditions de vie s'améliorent après la guerre. L'électrification progresse, des années 30 aux années 60. (1958 pour Kertanguy), les derniers branchements à l'eau courante dans les années 70.
Le premier tracteur apparaît, son propriétaire, sous forme de coopérative, loue ses services, d' exploitation en exploitation.
Bien avant guerre, les commerces prospéraient. 3 Bouchers, 3 charcutiers, 2 boulangers, 1 mercerie, 1 quincailler, sans oublier les nombreux cafés qui eux aussi vendaient un peu d'épicerie, bureau de tabac. Ils disparaîtront progressivement avec l'implantation des grandes surfaces. Seule reste notre épicerie-café-tabac-presse-dépôt de pain et nous y tenons.
squiffiec antan 05C'est l’époque où il n'était pas de bon ton, pour les femmes, de porter pantalon ou de sortir sans coiffe. Après le port du costume traditionnel et de sa coiffe en dentelle, les chapeaux prirent le relais, pour le grand bonheur des modistes.
La salle des fêtes retentissait de musique et de vie. Les bals de Squiffiec étaient réputés, grâce aux nombreux orchestres qui s’y produisaient.
Les fêtes du Mardi Gras voyaient la population participer massivement, et la fête du 15 Août était également très suivie. Nous avons ici retrouvé des clichés de la grande fête folklorique de 1976.
Il existait un service de car qui prenait tout un chacun avec ses paquets, fussent-ils encombrants, telle la caisse au cochon ou aux volailles, qu'il fallait vendre au marché. les plants de pommiers aussi étaient du voyage.
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Les bons souvenirs : les soirées avec les veillées de quartier, les escouades de battage, la réunion autour d'une tasse de café pour fêter la nouvelle année devant un feu de cheminée, les bals populaires.
Quelques regrets : être restée trop longtemps à la ferme avec sa misère, la guerre qui a modifié de façon irréversible le cours de la vie. Le repli sur soi qui fait que beaucoup maintenant restent devant leur poste de télévision. La disparition des nombreux commerces qui supprime la possibilité de se retrouver dans la rue et d'échanger les nouvelles.